Cette nouvelle est inspirée d'un fait divers :
Une jeune fille Marseillaise a disparu. Elle avait apparemment rendez-vous pour un baby sitting à la station Malpassé.
[ je ne donne pas de précisions, je ne les ai pas suivies. ]L'Histoire vaut mieux que le titre.
- Station Malpassé ? ok. à toute à l'heure. J'ai hâte.
Tout a commencé par ce coup de téléphone. C'était le commencement de la fin, le décompte était lancé...
Depuis quelques mois, mon quotidien se résumait aux entretiens d'embauche et aux réponses négatives. La solitude me poussait à bout, j'avais besoin d'une présence autre que celle de Droopy, mon chien. Après une longue accumulation de dettes et de mauvaises nouvelles, mon plaisir s'arrêtait aux conversations téléphoniques que je partageais avec cet homme, le soir. Je l'avais connu sur un de ces sites de rencontre, dont une « amie » (que je pourrais plutôt qualifier de connaissance) m'avait parlé. Nos dialogues faisaient fuir mes complexes et ma vie de petite Marseillaise s'envolait avec eux. A l'entente de sa voix, mon c½ur s'allégeait de toute la monotonie qui emplissait ma vie. Je n'avais, jusque là, jamais senti la nécessité d'un moindre contact physique. Le simple fait de penser à lui, ou de l'entendre, me plongeait dans une sorte de béatitude, et éloignait mes inquiétudes. C'était le premier homme, et sûrement le dernier... c'est ce dont j'étais persuadée. Quelques semaines s'étant écoulées, le besoin d'aller au-delà du téléphone m'envahit. Je désirais connaître de lui plus qu'une voix m'offrant de brefs mots doux. A ma grande joie, il fut le premier à me proposer un rendez-vous. J'essayais de contenir mon bonheur de peur que Droopy ne devine mon aventure...
Après un dernier coup de fil de confirmation, je me préparai. N'étant pas de ces filles qui aiment attirer les regards, je ne savais que mettre de peur d'en faire trop... De nombreuses personnes ont la fâcheuse tendance à m'observer, chose que j'exècre plus que tout au monde. C'est une des raisons pour lesquelles il m'arrive de rester chez moi plusieurs jours, sans oser mettre le nez dehors. Etant donné que je n'avais personne à voir, cela ne me posait aucun problème. Personne à visiter, personne à qui parler... Je gardais donc cette histoire pour moi sans même en toucher un mot à mon fidèle Droopy. Je sais pertinemment que le regard de mon entourage n'est pas aussi innocent qu'il n'en paraît. Alors moins on en sait sur moi, mieux je me porte. Et puis, détailler la vie sentimentale que je n'ai pas, a le don de me mettre mal à l'aise. Malgré les diverses tentatives de ma s½ur, aucun de mes sentiments ne lui fut révélé. A se demander si j'en avais, finalement, des sentiments. Je venais à en douter moi-même.
Je pris l'initiative de me maquiller. Mais ça ne me convenait pas, j'étais trop voyante, tout le monde me regarderait, il fallait tout enlever ! Pendant mon ultime préparation, Droopy eut la maladresse de renverser mon flacon de parfum ! De peur d'arriver en retard, je laissai les dégâts là où ils avaient été causés. L'odeur se répandait dans l'appartement et me montait à la tête. Au salon, mon tapis s'imprégnait lentement du liquide. Mais je devais être à l'heure. Le rythme de mes battements de c½ur augmentait. Je tentai de le freiner, mais rien n'y fit. Je me devais d'être à la hauteur de l'image que je lui avais dévoilée. Sa première impression était primordiale. Ma préparation touchait à sa fin. Sans maquillage, habillée simplement.
Mon c½ur s'étant calmé, je me décidai enfin à quitter ma bulle. Quand je descendis les escaliers, l'âme légère (je ne prenais jamais l'ascenseur), il était 20h47. J'ouvris la porte, l'esprit libre de toute inquiétude, et entamai mon chemin. Sa voix me fixant l'heure et le lieu du rendez-vous résonnait dans ma tête « 21h, station Malpassé ». Depuis que j'avais passé les murs de l'immeuble, je me sentais nue, sortie de mon élément. Le monde dans lequel je venais de mettre les pieds ne m'était pas familier. L'espace hors de ma bulle m'était totalement inconnu. Mais à cet instant, un demi tour ne m'était plus possible. Je n'avais qu'une hâte : arriver sur le lieu de rencontre.
La station Malpassé se trouvait à 10 min de chez moi. La nuit prenait possession du ciel pendant que l'angoisse prenait celle de mon esprit. La lune était encore basse, ce jour là, c'était son dernier croissant. La lueur des réverbères faisait de l'ombre à la lumière des étoiles et n'atteignait pas les ruelles que je devais emprunter. Celles-ci semblaient terriblement désertes. J'avais pourtant l'impression de dizaines de regards posés sur moi. Je fis un tour sur moi-même, pour m'assurer que personne ne m'avait suivie... J'étais seule, parfaitement seule. Etrangement, cette dernière constatation ne fit que grandir ma peur. Une goutte d'eau tomba d'un toit, je sursautai. Le noir et le silence de la nuit m'étouffaient. Un silence assourdissant. Soudain, un souffle de vent bouleversa mes cheveux et fit partir un frisson du bas de mon dos pour rejoindre ma nuque. Chaque ombre nourrissait mes craintes. J'accélérai le pas, mon c½ur m'imita. Un léger crissement venant du sol résonna derrière moi. Sans oser me retourner, je me mis à courir le plus vite que je pus. C'était probablement un rat, ou autre bestiole du genre... je ne voulais pas savoir. Je continuai en ne faisant attention ni à ma direction, ni à ce qui m'entourait. Il me fallait juste rejoindre la vie, le bruit, la lumière. Je ne regardais que droit devant moi. Je pouvais apercevoir la rue de la station, là-bas, sans parvenir à évaluer la distance qui m'en séparait. Il me semblait que plus je m'en approchais, plus elle s'éloignait. J'atteins enfin le croisement avec la rue de la station, quand ma course fut stoppée : « Mélia ! »...
Ne reconnaissant pas automatiquement cette voix, qui m'était pourtant familière, je m'arrêtai, sans pour autant me retourner. Je sentis une main sur mon épaule et, surprise, je fis face à mon interpellateur. Ce n'était autre que le compagnon de ma s½ur. Il me demanda brièvement ce que je faisais là. La réponse vint spontanément. Je n'allais pas lui mentir...
« J'ai rendez-vous pour un poste de baby-sitter. Mon futur employeur m'attend à la station de métro qui se trouve dans cette rue. »
Je regardai ma montre : 20h53. Tout s'était enchaîné en si peu de temps...
« Tu sais, depuis quelques temps, j'ai du mal à m'équilibrer. C'est l'occasion de me donner un premier rythme. On me propose de garder l'enfant tous les soirs. »
Il parut ravi d'apprendre que je voulais enfin me lancer dans la vie active et ne chercha pas à en savoir plus. Satisfaite de ma réponse, je lui lançai un rapide « à bientôt » avant de poursuivre ma route dont j'avais déjà fait une bonne partie.
Solitude, obscurité... le seul nouvel élément du décor était le bruit des passants, et mon souffle s'écourtait. Je sentais mes jambes flageoler, elles ne pouvaient plus me soutenir. Mon regard se brouilla. Je me sentis tomber. Je n'avais pas mal, j'étais légère. Ma chute fut comme amortie. Je me sentais bien, mes yeux étaient entièrement clos.
Quand je les ouvris, rien n'avait changé. Une heure au moins avait du passer. Mon esprit s'éveilla, je paniquai. Mon rendez-vous ! Je voulus sauter sur mes pieds, mais mon corps ne voulait pas. Comme si ma tête était déconnectée du reste. Soudain, un visage se pencha au dessus du mien. Avant même de distinguer ses traits, je fermai vite les yeux.
Quand je me décidai à regarder, je perçus son regard, son nez, sa bouche. Je voyais ses lèvres bouger, mais aucun son qui en sortait n'atteignait mes oreilles. Je parvenais un moment à percevoir une voix lointaine
« Ça me fait plaisir de passer la soirée avec toi. »
Je sentis une énorme douleur au ventre. Quand j'y plaçai ma main, je sentis un liquide. Quand je la regardai, elle était rouge, rouge de sang...